Читаем Comme un roman полностью

Cette santé et cette conformité aux modes leur donnent un air de maturité qui pourrait intimider. Leurs coiffures, leurs vêtements, leurs walkmans, leurs calculettes, leur lexique, leur quant-à-soi, laissent à penser, même, qu’ils pourraient être plus « adaptés » à leur temps que le professeur. En savoir beaucoup plus que lui…

Beaucoup plus sur quoi ?

C’est l’énigme de leur visage, justement…

Rien de plus énigmatique qu’un air de maturité.

S’il n’était pas un vieux de la vieille, le professeur pourrait se sentir dépossédé du présent de l’indicatif, un peu ringard… Seulement voilà… il en a vu des enfants et des adolescents en vingt années de classe… quelque trois mille et plus… it en a vu passer, des modes… au point, même, qu’il en a vu revenir !

La seule chose qui soit immuable, c’est le contenu de la fiche individuelle. L’esthétique « ruine », dans toute son ostentation : je suis paresseux, je suis bête, je suis nul, j’ai tout essayé, ne vous fatiguez pas, mon passé est sans avenir…

Bref, on ne s’aime pas. Et on met à le clamer une conviction encore enfantine.

On est entre deux mondes, en somme. Et on a perdu le contact avec les deux. On est « branché », certes, « cool » ( et comment ! ), mais l’école nous « fout les glandes », ses exigences nous « prennent la tête », on n’est plus des mômes, niais on « galère » dans l’éternelle attente d’être des grands…

On voudrait être libre et on se sent abandonné.

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Et, bien entendu, on n’aime pas lire. Trop de vocabulaire dans les livres. Trop de pages, aussi. Pour tout dire, trop de livres.

Non, décidément, on n’aime pas lire.

C’est du moins ce qu’indique la forêt des doigts levés quand le prof pose la question :

– Qui n’aime pas lire ?

Une certaine provocation, même, dans cette quasi-unanimité. Quant aux rares doigts qui ne se lèvent pas ( entre autres celui de la Veuve sicilienne ), c’est par indifférence résolue à la question posée.

– Bon, dit le prof, puisque vous n’aimez pas lire… c’est moi qui vous lirai des livres.

Sans transition, il ouvre son cartable et en sort un bouquin gros comme ça, un truc cubique, vraiment énorme, à couverture glacée. Ce qu’on peut imaginer de plus impressionnant en matière de livre.

– Vous y êtes ?

Ils n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles. Ce type va leur lire tout ça ? Mais on va y passer l’année ! Perplexité… Une certaine tension, même… Ça n’existe pas, un prof qui se propose de passer l’année à lire. Ou c’est un sacré fainéant, ou il y a anguille sous roche. L’arnaque nous guette. On va avoir droit à la liste de vocabulaire quotidienne, au compte rendu de lecture permanent…

Ils se regardent. Certains, à tout hasard, posent une feuille devant eux et mettent leurs stylos en batterie.

– Non, non, inutile de prendre des notes. Essayez d’écouter, c’est tout.

Se pose alors le problème de l’attitude. Que devient un corps dans une salle de classe s’il n’a plus l’alibi du stylo-bille et de la feuille blanche ? Qu’est-ce qu’on peut bien faire de soi dans une circonstance pareille ?

– Installez-vous confortablement, détendez-vous…

( Il en a de bonnes, lui… détendez-vous… ) La curiosité l’emportant, Banane et Santiags finit tout de même par demander :

– Vous allez nous lire tout ce livre… à haute voix ?

– Je ne vois pas très bien comment tu pourrais m’entendre si je le lisais à voix basse…

Discrète rigolade. Mais, la jeune Veuve sicilienne ne mange pas de ce pain-là. Dans un murmure assez sonore pour être entendue de tous, elle lâche :

– On a passé l’âge.

Préjugé communément répandu… particulièrement chez ceux à qui l’on n’a jamais fait le vrai cadeau d’une lecture. Les autres savent qu’il n’y a pas d’âge pour ce genre de régal.

– Si dans dix minutes tu estimes encore avoir passé l’âge, tu lèves le doigt et on passe à autre chose, d’accord ?

– Qu’est-ce que c’est, comme livre ? demande Burlington, sur un ton qui en a vu d’autres.

– Un roman.

– Ça raconte quoi ?

– Difficile à dire avant de l’avoir lu. Bon, vous y êtes ? Fin des négociations. On y va.

Ils y sont… sceptiques, mais ils y sont.

– Chapitre Un :

« Au dix-huitième siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables… »

44

( … )

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