Читаем Comme un roman полностью

– Moi, c’est le début d’Adolphe, sur la timidité, tu sais : « Je ne savais pas que, même avec son fils, mon père était timide, et que souvent, après avoir longtemps attendu de moi quelques témoignages d’affection que sa froideur apparente semblait m’interdire, il me quittait les yeux mouillés de larmes, et se plaignait à d’autres de ce que je ne l’aimais pas. »

– Tout à fait mon père et moi !

On était fermé, face au livre clos. On nage à présent, déployé dans ses pages.

Certes, la voix du professeur a aidé à cette réconciliation : en nous épargnant l’effort du décryptage, en dessinant clairement les situations, en plantant les décors, en incarnant les personnages, en soulignant les thèmes, en accentuant les nuances, en faisant, le plus nettement possible son travail de révélateur photographique.

Mais, très vite, la voix du prof interfère : plaisir parasite d’une joie plus subtile.

– Ça aide que vous nous lisiez, monsieur, mais je suis content, après, de me retrouver tout seul avec le livre.

C’est que la voix du professeur – récit offert – m’a réconcilié avec l’écriture, et, ce faisant, m’a rendu le goût de ma secrète et silencieuse voix d’alchimiste, celle-là même qui, quelque dix ans plus tôt, s’émerveillait de ce que maman sur le papier fût bel et bien maman dans la vie.

Le vrai plaisir du roman tient en la découverte de cette intimité paradoxale : L’auteur et moi… La solitude de cette écriture réclamant la résurrection du texte par ma propre voix muette et solitaire.

Le professeur n’est ici qu’une marieuse. L’heure est venue qu’il s’esbigne sur la pointe des pieds.

48

Outre la hantise de ne pas comprendre, une autre phobie à vaincre, pour réconcilier ce petit monde avec la lecture solitaire, est celle de la durée.

Le temps de la lecture : le livre envisagé comme une menace d’éternité !

Quand on a vu Le Parfum sortir de la sacoche du prof, on a d’abord cru à l’apparition d’un iceberg ! ( Précisons que le professeur en question avait – volontairement – choisi l’édition courante de Fayard, gros caractères, pagination espacée, vastes marges, un énorme livre aux yeux de ces réfractaires à la lecture, et qui promettait un supplice interminable. )

Or, voici qu’il se met à le lire et qu’on voit l’iceberg fondre entre ses mains !

Le temps n’est plus le temps, les minutes filent en secondes et quarante pages sont lues que l’heure est déjà passée.

Le prof fait du quarante à l’heure.

Soient 400 pages en dix heures. À raison de cinq heures de français par semaine, il pourrait lire 2400 pages dans le trimestre ! 7200 dans l’année scolaire ! Sept romans de 1000 pages ! En cinq petites heures de lecture hebdomadaires seulement !

Prodigieuse découverte, qui change tout ! Un livre, tout compte fait, se lit vite : en une seule heure de lecture par jour pendant une semaine je viens à bout d’un roman de 280 pages ! Que je peux lire en trois jours seulement si j’y consacre un peu plus de deux heures ! 280 pages en trois jours ! Soient 560 en six jours ouvrables. Pour peu que le bouquin soit vraiment « cool » – « Autant en emporte le vent, monsieur, c’est vraiment cool ! » – et qu’on s’offre quatre heures de rab dans la journée de dimanche ( c’est très possible, le dimanche la banlieue de Banane et Santiags roupille et les parents de Burlington l’emmènent se morfondre à la campagne ) nous voici avec 160 pages de mieux : total 720 pages !

Ou 540, si je fais du trente à l’heure, moyenne très raisonnable.

Et 360, si je me balade à vingt à l’heure.

– 360 pages, dans la semaine ! Et toi ?

Comptez vos pages, les enfants, comptez… les romanciers en font autant. Il faut les voir, quand ils atteignent la page 100 ! C’est le cap Horn du romancier, la page cent ! Il y débouche une petite bouteille intérieure, danse une discrète gigue, s’ébroue comme un cheval de labour, et, allons-y, replonge dans son encrier pour s’attaquer à la page 101. ( Un cheval de labour plongeant dans un encrier, puissante image ! )

Comptez vos pages… On commence par s’émerveiller du nombre de pages lues, puis vient le moment où l’on s’effraie du peu qui reste à lire. Plus que 50 pages ! Vous verrez… Rien de plus délicieux que cette tristesse-là : La Guerre et la Paix, deux gros volumes… et plus que 50 pages à lire.

On ralentit, on ralentit, rien à faire…

Natacha finit par épouser Pierre Bézoukhov, et c’est la fin.

49

Oui, mais à quel secteur de mon emploi du temps soustraire cette heure de lecture quotidienne ? Aux copains ? À la télé ? Aux déplacements ? Aux soirées familiales ? À mes devoirs ?

Où trouver le temps de lire ?

Grave problème.

Qui n’en est pas un.

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