Читаем Comme un roman полностью

Vu sous cet angle, le livre, donc, n’est ni plus ni moins qu’un objet de consommation, et tout aussi éphémère qu’un autre : immédiatement passé au pilon s’il ne « marche pas », il meurt le plus souvent sans avoir été lu.

Quant à la façon dont l’Université elle-même traite les livres, il serait bon de demander à leurs auteurs ce qu’ils en pensent. Voilà ce qu’en écrivit Flannery O’Connor, le jour où elle apprit qu’on faisait plancher des étudiants sur son œuvre :

« Si les professeurs ont aujourd’hui pour principe d’attaquer une œuvre comme s’il s’agissait d’un problème de recherche pour lequel toute réponse fait l’affaire, à condition de n’être pas évidente, j’ai peur que les étudiants ne découvrent jamais le plaisir de lire un roman*… »

* Flannery O’Connor, L’Habitude d’être ( Editions Gallimard ). Traduit par Gabrielle Rolin.

57

Voilà pour le « livre ».

Passons au lecteur.

Parce que, plus instructives encore que nos façons de traiter nos livres, il y a nos façons de les lire.

En matière de lecture, nous autres « lecteurs », nous nous accordons tous les droits, à commencer par ceux que nous refusons aux jeunes gens que nous prétendons initier à la lecture.

1 ) Le droit de ne pas lire.

2 ) Le droit de sauter des pages.

3 ) Le droit de ne pas finir un livre.

4 ) Le droit de relire.

5 ) Le droit de lire n’importe quoi.

6 ) Le droit au bovarysme.

7 ) Le droit de lire n’importe où.

8 ) Le droit de grappiller.

9 ) Le droit de lire à voix haute.

10 ) Le droit de nous taire.

Je m’en tiendrai arbitrairement au chiffre 10, d’abord parce que c’est un compte rond, ensuite parce que c’est le nombre sacré des fameux Commandements et qu’il est plaisant de le voir pour une fois servir à une liste d’autorisations.

Car si nous voulons que mon fils, que ma fille, que la jeunesse lisent, il est urgent de leur octroyer les droits que nous nous accordons.

IV

LE QU’EN LIRA-T-ON

( ou les droits imprescriptibles du lecteur )

1

Le droit de ne pas lire

Comme toute énumération de « droits » qui se respecte, celle des droits à la lecture devrait s’ouvrir par le droit de n’en pas user – en l’occurrence le droit de ne pas lire – faute de quoi il ne s’agirait pas d’une liste de droits mais d’un vicieux traquenard.

Pour commencer, la plupart des lecteurs s’octroient quotidiennement le droit de ne pas lire. N’en déplaise à notre réputation, entre un bon bouquin et un mauvais téléfilm, le second l’emporte plus souvent que nous aimerions l’avouer sur le premier. Et puis, nous ne lisons pas continûment. Nos périodes de lecture alternent souvent avec de longues diètes où la seule vision d’un livre éveille les miasmes de l’indigestion.

Mais le plus important est ailleurs.

Nous sommes entourés de quantité de personnes tout à fait respectables, quelquefois diplômées, parfois « éminentes » – dont certaines possèdent même de fort jolies bibliothèques mais qui ne lisent pas, ou si peu que l’idée ne nous viendrait jamais de leur offrir un livre. Elles ne lisent pas. Soit qu’elles n’en éprouvent pas besoin, soit qu’elles aient trop à faire par ailleurs ( mais cela revient au même, c’est que cet ailleurs-là les comble ou les obnubile ), soit qu’elles nourrissent un autre amour et le vivent d’unt façon absolument exclusive. Bref, ces gens-là n’aiment pas lire. Ils n’en sont pas moins fréquentables, voire délicieux à fréquenter. ( Du moins ne nous demandent-ils pas à tout bout de champ notre opinion sur le dernier bouquin que nous avons lu, nous épargnent-ils leurs réserves ironiques sur notre romancier préféré et ne nous considèrent-ils pas comme des demeurés pour ne pas nous être précipités sur le dernier Untel, qui vient de sortir chez Machin et dont le critique Duchmole a dit le plus grand bien. ) Ils sont tout aussi « humains » que nous, parfaitement sensibles aux malheurs du monde, soucieux des « droits de l’Homme » et attachés à les respecter dans leur sphère d’influence personnelle, ce qui est déjà beaucoup – mais voilà, ils ne lisent pas. Libre à eux.

L’idée que la lecture « humanise l’homme » est juste dans son ensemble, même si elle souffre quelques déprimantes exceptions. On est sans doute un peu plus « humain », entendons par là un peu plus solidaire de l’espèce ( un peu moins « fauve » ) après avoir lu Tchékhov qu’avant.

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