Читаем Comme un roman полностью

Jusqu’à ce qu’il s’offre l’ultime plaisir du lecteur, qui est de se lasser du texte, et nous demande de passer à un autre.

Combien de soirées avons-nous ainsi perdues à déverrouiller les portes de l’imaginaire ? Quelques-unes, pas beaucoup plus. Quelques autres, admettons. Mais le jeu en valait la chandelle. Le voici de nouveau ouvert à tous les récits possibles.

Cependant, l’école poursuit son apprentissage. S’il ne marque pas encore de progrès dans l’ânonnement de ses lectures scolaires, ne nous affolons pas, le temps est avec nous depuis que nous avons renoncé à lui en faire gagner.

Le progrès, le fameux « progrès », se manifestera sur un autre terrain, à un moment inattendu.

Un soir, parce que nous aurons sauté une ligne, nous l’entendrons crier :

– Tu as sauté un passage !

– Pardon ?

– Tu en as passé, tu as sauté un passage !

– Mais non, je t’assure…

– Donne !

Il nous prendra le livre des mains, et, d’un doigt victorieux, désignera la ligne sautée. Qu’il lira à voix haute.

C’est le premier signe. Les autres suivront. Il prendra l’habitude d’interrompre notre lecture :

– Comment ça s’écrit ?

– Quoi donc ?

– Préhistorique.

– P.R.E.I.S…

– Fais voir !

Ne nous faisons pas d’illusion, cette brusque curiosité tient un peu à sa toute récente vocation d’alchimiste, certes, mais surtout à son désir de prolonger la veillée.

( Prolongeons, prolongeons… )

Un autre soir, il décrétera :

– Je lis avec toi !

Sa tête par-dessus notre épaule, il suivra un moment des yeux les lignes que nous lui lisons. Ou bien :

– C’est moi qui commence !

Et de se lancer à l’assaut du premier paragraphe.

Laborieuse, sa lecture, d’accord, vite essoufflée, soit… N’empêche, la paix retrouvée, il lit sans peur. Et lira de mieux en mieux, de plus en plus volontiers.

– Ce soir, c’est moi qui lis !

Le même paragraphe, évidemment – vertus de la répétition – puis un autre, son « passage préféré », puis des textes entiers. Des textes qu’il connaît presque par cœur, qu’il reconnaît plus qu’il ne les lit, mais qu’il lit tout de même pour la joie de les reconnaître. L’heure n’est plus loin maintenant, où nous le surprendrons, à un moment ou à un autre de la journée, Les Contes du chat perché sur les genoux, et peignant avec Delphine et Marinette les animaux de la ferme.

Il y a quelques mois de cela, il n’en revenait pas de reconnaître « maman » ; aujourd’hui, c’est un récit qui émerge tout entier de la pluie des mots. Il est devenu le héros de ses lectures, celui que l’auteur avait mandaté de toute éternité pour venir délivrer les personnages pris dans la trame du texte – afin qu’eux-mêmes l’arrachent aux contingences du jour.

Voilà. C’est gagné.

Et, si nous voulons lui faire un ultime plaisir, il suffit de nous endormir pendant qu’il nous fait la lecture.

24

« On ne fera jamais comprendre à un garçon qui, le soir, est au beau milieu d’une histoire captivante, on ne lui fera jamais comprendre par une démonstration limitée à lui-même qu’il lui faut interrompre sa lecture et aller se coucher. »

C’est Kafka qui dit cela, le petit Franz, dont le papa eût préféré qu’il passât toutes les nuits de sa vie à compter.

II

IL FAUT LIRE

( Le dogme )

25

Reste la question du grand, là-haut, dans sa chambre.

Lui aussi, il aurait bien besoin d’être réconcilié avec « les livres » !

Maison vide, parents couchés, télévision éteinte, il se retrouve donc seul… devant la page 48.

Et cette « fiche de lecture » à rendre demain…

Demain…

Bref calcul mental :

446 − 48 = 398.

Trois cent quatre-vingt-dix-huit pages à s’envoyer dans la nuit !

Il s’y remet bravement. Une page poussant l’autre. Les mots du « livre » dansent entre les oreillettes de son walkman. Sans joie. Les mots ont des pieds de plomb. Ils tombent les uns après les autres, comme ces chevaux qu’on achève. Même le solo de batterie n’arrive pas à les ressusciter. ( Un fameux batteur, pourtant, Kendall ! ) Il poursuit sa lecture sans se retourner sur le cadavre des mots. Les mots ont rendu leur sens, paix à leurs lettres. Cette hécatombe ne l’effraye pas. Il lit comme on avance. C’est le devoir qui pousse. Page 62, page 63.

Il lit.

Que lit-il ?

L’histoire d’Emma Bovary.

L’histoire d’une fille qui avait beaucoup lu :

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